Lundi 16 mars 2020 : Manon Castelle

ATTENTION SEANCE ANNULEE EN RAISON DU CONTEXTE SANITAIRE

Rijke Museum (Amsterdam)

La fonte statuaire : une renaissance technique en Europe au début de l’époque moderne (XVe-XVIIe siècles)

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Lundi 24 février 2020 : Camille Fabre

Université Paris-Sorbonne (Paris IV)

Les transformations du travail du bois d’oeuvre à Toulouse à la fin du Moyen Âge

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

La standardisation de la production a depuis longtemps été identifiée comme un élément de progrès décisif dans le développement de l’industrie du bâtiment au Moyen Âge. Les interprétations en sont diverses et convoquent tant le poids du pouvoir politique que les mutations de l’organisation du chantier ou la nécessité d’économiser les matériaux. Un élément de cette standardisation réside dans l’élaboration d’un vocabulaire technique précis, susceptible d’être partagé sans ambiguïté par la multiplicité des acteurs intervenant sur la filière.

L’étude du marché du bois d’œuvre dans la région toulousaine nous permettra d’interroger, sur un temps relativement long (fin XIIIe – début XVIe siècle) le fonctionnement et l’évolution de la typologie des pièces. Le croisement de source diverses (statuts de métiers, actes notariés, comptabilités) permet à la fois de mettre en évidence le partage d’un même lexique et les spécificités propres à chaque usage. Une analyse synchronique montre que l’on ne nomme pas les mêmes objets de la même manière aux différentes étapes de leur mise en œuvre. Une analyse diachronique montre l’évolution des qualifications et l’évolution du marché, qui rend les objets de moins en moins interchangeables, mais permet l’apparition de nouveaux produits ou leur résurgence. Ces phénomènes tiennent tant à des transformations institutionnelles (structuration des métiers du bois) qu’à des évolutions économiques plus large, en particulier au développement d’un commerce du bois d’œuvre à longue distance.

Bibliographie

Bechmann R., 1981, Les Racines des cathédrales : larchitecture gothique, expression des conditions du milieu, Paris, Payot, coll. « Le Regard de l’histoire », 330 p.

Bernardi P., 2011, Bâtir au Moyen âge: XIIIe-milieu XVIe siècle, Paris, CNRS éd, 335 p.

Boucheron P. et al. (éd.), 2000, La brique antique et médiévale: production et commercialisation d’un materiau: actes du colloque international organisé par le Centre d’histoire urbaine de l’École supérieure de Fontenay-Saint Cloud et l’École française de Rome (Saint-Cloud, 16-18 novembre 1995), Rome, Italie, École française de Rome, coll.« Collection de l’École française de Rome », n˚ 272, 486 p.

Épaud F., 2007, De la charpente romane à la charpente gothique en Normandie: évolution des techniques et des structures de charpenterie aux XIIe-XIIe siècles, Caen.

Kimpel D., 1977, « Le développement de la taille en série dans l’architecture médiévale et son rôle dans l’histoire économique », Bulletin Monumental, 135, 3, p. 195‑222.

Phalip B., 2004, Charpentiers et couvreurs :  l’Auvergne médiévale et ses marges, Lyon, Association lyonnaise pour la promotion de l’archéologie en Rhône-Alpes, coll.« Documents d’archéologie en Rhône-Alpes et en Auvergne », n˚ 26, 248 p.

Wolff P., 1954, Commerces et marchands de Toulouse, vers 1350-vers 1450, Paris, Plon (Impr. de Plon).

Lundi 13 janvier 2020 : Danielle Jacquart

Directrice d’études émérite EPHE, PSL

De la scientia experimentalis de Roger Bacon (XIIIe siècle) à la notion d’expérience en médecine et en alchimie au XIVe siècle à travers quelques exemples

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

     Sans chercher à y déceler une quelconque anticipation de la méthode expérimentale moderne, la notion médiévale d’expérience appliquée aux sciences de la nature et aux sciences pratiques qui en dérivent  recouvre sans aucun doute une partie de ses attentes, en visant à certifier certaines données, à reproduire par l’art des processus naturels pour les comprendre, par exemple. Mais elle n’est pas toujours strictement différenciée de l’expérience acquise, de l’apprentissage d’un savoir-faire, voire des expériences de pensée.

      Il est difficile d’évoquer la notion d’expérience au Moyen Âge sans faire référence à Roger Bacon et à sa promotion d’une scientia experimentalis, étant donné la place centrale qu’il lui accorde plus que tout autre auteur.  Appréhender la notion d’expérience chez Roger Bacon, ou tout autre auteur médiéval, invite à s’intéresser à la manière dont il conçoit la perception sensorielle et son apport à la connaissance de la nature.

    Dans son De erroribus medicorum, Roger Bacon reprochait aux médecins de son temps de ne pas recourir suffisamment à l’expérience. Pourtant ils en dissertèrent abondamment, tant de l’expérience acquise au fil de leur pratique que de l’expérimentation, principalement pharmacologique. Parmi les témoignages les plus lucides sur les possibilités et les limites de l’expérience en médecine, peut être cité le Speculum medicine qu’Arnaud de Villeneuve composa à Montpellier vers 1308, dont nous analyserons quelques extraits. Alors qu’elle emprunte bien des concepts à la médecine, l’alchimie semble à première vue l’un des domaines où put s’illustrer l’aptitude médiévale à l’expérimentation. Si des expériences réelles furent incontestablement menées dans les laboratoires, la notion d’expérience dans les écrits alchimiques n’en est pas moins évoquée en termes fort ambigus. Nous lirons à ce propos des extraits de deux auteurs du XIVe siècle : le pseudo-Lull et Guillaume Sedacer.Il n’est rien de comparable dans ces écrits, qui, pourtant délivrent aussi des recettes pratiques, dont certaines relèvent de réelles manipulations, aux relations des expériences menées par un Pierre de Maricourt sur la pierre d’aimant ou par un Dietrich von Freiberg à propos de l’arc-en-ciel. L’éventail des expériences médiévales est donc fort large et bigarré.

Bibliographie

Chandelier, J., « Expérience, expérimentation et connaissance dans la médecine scolastique italienne du 14e siècle », dans T. Bénatouil et I. Draelants (éd.), Expertus sum, L’expérience par les sens dans la philosophie naturelle médiévale, Florence, 2011, p. 145-174.

Crisciani, C., « Universal and Particular in the Communia naturalium : Between ‘Extreme Realism’ and ‘Experientia’ », dans P. Bernardini et A. Rodolfi (éd.), Roger Bacon’s Communia Naturalium, A 13th Century Philosopher’s Workshop, Florence, 2014, p. 57-82.

Crombie, A., Robert Grosseteste and the Origins of Experimental Science, Oxford, 1953.

Crombie, A., Styles of Scientific Thinking in the European Tradition, Londres, 1994, vol. I, p. 313-424 (« Medieval Logic of Experiment »).

Hackett, J, « Roger Bacon on Scientia experimentalis », dans J. Hackett (éd.), Roger Bacon and the Sciences, Commemorative Essays, Leyde-New York-Cologne, 1997, p.. 277-315.

Hackett, J., « Ego expertus sum : Roger Bacon’s Science and the Origins of Empiricism », dans T. Bénatouil et I. Draelants (éd.), Expertus sum, L’expérience par les sens dans la philosophie naturelle médiévale, Florence, 2011, p. 145-174.

Jacquart, D., « Iudicium difficile : la faillibilité du jugement médical dans les commentaires au premier aphorisme d’Hippocrate (XIIIe-XVe s.) », dans A. Speer et M. Mauriège (éd.), Irrtum—Error—Erreur, Berlin-Boston, 2018, p. 149-61.

Jacquart, D., « L’observation dans les sciences de la nature au Moyen Âge :  limites et possibilités », Micrologus, 4 (1996), p. 55-75.149-161.

McVaugh, M. R., « The « Experienced based Medicine of the Thirteenth Century », Early Science and Medicine, 14(2009), p. 105-30.

McVaugh, M. R., « Determining a Drug’s Properties. Medieval Experimental Protocols », Bulletin of the History of Medicine,  91 (2017), p. 183-209.

Moureau, S., « Ratio et sensus : les sens au service de l’acquisition des connaissances dans le De anima in arte alchemiae du pseudo-Avicenne », dans T. Bénatouil et I. Draelants (éd.), Expertus sum, L’expérience par les sens dans la philosophie naturelle médiévale, Florence, 2011, p. 269-288.

Pereira, M., « Come e perché sbagliamo i medici ? La critica di Ruggero Bacone nel De erroribus medicorum,  dans La medicina nel basso medioevo, Tradizioni e conflitti, Spolète, 2019, p. 407-40.

Raizman-Kedar, Y., « The Intellect Naturalized : Roger Bacon on the Existence of Corporeal Species within the Intellect », Early Science and Medicine, 14(2009), p. 131-57

Tachau, K., « Vision and Certitude in the Age of Ockham, Optics, Epistemology and the Foundations of Semantics, 1250-1345 », Leyde, 1988.

Weill-Parot, Points aveugles de la nature, La rationalité scientifique médiévale face à l’occulte, l’attraction magnétique et l’horreur du vide (XIIIe-milieu du XVe siècle, Paris, 2013.

Williams, S. J., « Roger Bacon in Context : Empiricism in the High Middle Ages », dans T. Bénatouil et I. Draelants (éd.), Expertus sum, L’expérience par les sens dans la philosophie naturelle médiévale, Florence, 2011, p. 123-144.

—Éditions des textes directement reliés à l’exposé

Arnaud de Villeneuve, Speculum medicine, éd. M. R. McVaugh, Barcelone, 2018 (Arnaldi de Villanova Opera Medica Omnia, XIII).

Ps.-Avicenne, De anima : S. Moureau, Le De anima alchimique du pseudo-Avicenne, vol. 1, Étude, vol. 2. Édition critique et traduction annotée, Florence, 2016.

Guillaume Sedacer, Sedacina : P. Barthélemy, La Sedacina ou l’Œuvre au crible, L’alchimie de Guillaume Sedacer, carme catalan de la fin du XIVe siècle, 2 vol., Paris-Milan, 2002.

Ps. Lull, Testamentum : M. Pereira et B. Spaggiari, Il « Testamentum » alchemico attribuito a Raimondo Lullo, Florence, 1999.

Roger Bacon, Perspectiva : Lindberg, D. C., Roger Bacon and the origins of Perspectiva in the Middle Ages. A critical  edition and English translation of Bacon’s Perspectiva with introduction and notes, Oxford-New York, 1996.

Roger Bacon, De multiplicatione specierum : Lindberg, D. C., Roger Bacon’s Philosophy of Nature, A critical edition with English translation of De multiplicatione specierum and De speculis comburentibus, Oxford, 1983.

Roger Bacon, Communia mathematica, éd. R. Steele, Oxford, 1940 (Opera hactenus inedita Rogeri Baconi, fasc. XCI).

Roger Bacon, De erroribus medicorum, éd. A. G. Little, Oxford, 1928 (Opera hactenus inedita Rogeri Baconi, fasc. IX).

Roger Bacon, Communia naturalium, éd. R. Steele, Oxford, 1911 (Opera hactenus inedita Rogeri Baconi, fasc. II-IV).

Roger Bacon, Opus majus, éd. J. H. Bridges, Oxford, 1897-1900.

Lundi 09 décembre 2019 : Philippe Bernardi

Séance annulée !

Laboratoire de Médiévistique occidentale de Paris / CNRS

Recyclage, récupération et réemploi dans l’économie médiévale (et moderne…)

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

La contribution proposée entend aborder la question de la gestion des déchets dans le bâtiment. Ce thème, longtemps traité sous un angle anecdotique ou idéologique, revêt une dimension technique et économique que l’évolution notre propre rapport aux déchets ne permet plus d’ignorer. Les matériaux, pratiques et savoirs abordés seront ceux que mettent en lumière l’analyse des sources écrites relatives au monde de la construction dans le sud-est de la France, sur une longue durée. L’expression « longue durée » ne doit toutefois pas induire en erreur. Il ne s’agit pas de prétendre présenter une synthèse qui couvrirait époques médiévale et moderne mais de tenter de pallier le laconisme et la rareté des sources portant sur ces pratiques par la multiplication des points de vue. Plus qu’une réelle complémentarité des sources c’est leur capacité à aider à la formulation d’hypothèses qui est recherchée à travers les deux dossiers proposés. Le premier s’appuie sur une recherche conduite dans la région d’Aix-en-Provence entre les années 1440 et 1480. L’enquête biographique nous permet de suivre au plus près possible du quotidien de chantiers ordinaires (caves, murs de clôture ou façades d’habitations) ce que représentait la récupération de certains matériaux. Elle permet aussi de s’intéresser à la place qu’a pu occuper cette pratique dans l’activité professionnelle d’un maçon.

Le second dossier propose d’envisager ces pratiques à une autre échelle, avec d’autres types de sources. Il nous conduit à Briançon à la toute fin du XVIIe siècle, au moment où l’ancienne église paroissiale médiévale laisse place à la collégiale encore en élévation aujourd’hui. Des minutes notariales, nous passons, ici, à un ensemble d’actes publics et de documents de gestions particulièrement précis qui nous font entrer dans les coulisses d’une opération d’envergure. Ce n’est plus un individu mais une communauté que nous pouvons alors observer aux prises avec les décombres de son ancienne église. Que faire de ces matériaux ? comment gérer et valoriser au mieux, pour la communauté, la masse des pierre que représente la dépouille de ce bâtiment ? Des documents de divers types se répondent ici offrant l’opportunité rare de suivre de manière relativement détaillée la gestion de la déconstruction de l’ancienne église et le devenir des matériaux qui en sont issus.

Bibliographie

Ballet Pascale, Cordier Pierre, Dieudonné-Glad Nadine (éd.), La ville et ses déchets dans le monde romain : rebuts et recyclages. Actes du colloque de Poitiers (19-21 septembre 2002), Montagnac, éditions Monique Mergoil, 2003 (Archéologie et histoire romaine, 10)

Benelli Natalie, Corteel Delphine, Debary Octave, Florin Bénédicte, Le Lay Stéphane, Rétif Sophie, Que faire des restes ? Le réemploi dans les sociétés d’accumulation, Paris, SciencePo les presses, 2017

Bernard Jean-François, Bernardi Philippe, Esposito Daniela, Dillmann Philippe, Foulquier Laura et Mancini Rossana (dir.), Reimpiego in architettura. Recupero, trasformazione, uso, Rome, 2008 (Collection de l’École française de Rome, 418)

Bertolini Gérard, Le déchet, c’est les autres, Ramonville Saint-Agne, érès, 2006.

Carrive Mathilde (dir.), Remployer, recycler, restaurer. Les autres vies des enduits peints, Rome, École française de Rome, 2017 (Collection de l’École française de Rome, 540).

Chopin Julien, Delon Nicola, Matière grise. Matériaux / Réemploi / Architecture, Paris, Pavillon de l’Arsenal, 2014.

Huygen Jean-Marc, La poubelle et l’architecte. Vers le réemploi des matériaux, Arles, Actes Sud, 2008, p. 29 et 54.

Ideologie e pratiche nel reimpiego nell’alto Medioevo. Atti della Settimana di studio del Centro italiano di studi sull’altt Medioevo (Spoleto, 16-21 aprile 1998), Spolète, Centro italiano di studi sull’alto Medioevo, 1999 (coll. « Settimane di studio del Centro italiano di studi sull’alto Medioevo », 46), 2 vol.

Recyclage et remploi, revue Archéopages, 29, avril 2010.

Recyclage et remploi : la seconde vie des matériaux de construction, Aedificare, Revue internationale d’histoire de la construction, 2018-2, n° 4.

Settis Salvatore (dir.), Memoria dell’Antico nell’arte italiana, Turin, Einaudi, 1984-1986, 3 vol.

Toubert Pierre, Moret Pierre (éd.), Remploi, citation, plagiat : conduites et pratiques médiévales (Xe – XIIe siècle), Madrid, Casa de Velázquez, coll.« Collection de la Casa de Velázquez », n˚ 112, 2009

Lundi 04 novembre 2019 : Marie Bouhaïk-Gironès

CNRS (Centre Roland Mousnier, Sorbonne Université)

Feintiers et maîtres des secrets : les techniciens du spectacle aux XVe/XVIe siècles

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

Comment révéler le divin, manifester l’invisible, représenter surnaturel et le merveilleux ? Avec quelles machines, quels effets spéciaux, quels secrets techniques ? Telles ont sans doute été les questions des ordonnateurs de spectacles en France, à l’époque où l’on exposait les histoires saintes et les mystères chrétiens sur la scène théâtrale. Dans les documents des xve et xvie siècles, les décors des mystères comme les machineries sont d’une manière générale appelés feintes. Les effets spéciaux à proprement parler sont appelés le plus souvent secrets. Il s’agit de tout l’arsenal scénique qui permet à la fois de montrer les passions du Christ et des saints et de rendre visible les mystères de la foi: trappes permettant les apparitions et disparitions, machines, voleries, masques, feux et eaux, les différents animaux naturels et surnaturels, animés sur la scène, les idoles (i.e. les mannequins qui remplaçaient les corps des acteurs pour les martyres et les décapitations), les effets de lumière (clarté du Paradis), les effets de son (tonnerres de l’Enfer) et même les parfums et effets olfactifs.

Quelques documents, contrats et cahiers de feintiers, largement ignorés des historiens des techniques comme des historiens du théâtre, seront présentés au séminaire.

Comme ceux de Léonard de Vinci, les documents français mentionnant engins de théâtre, feintes et secrets doivent être resitués dans la longue histoire des arts mécaniques entre le XIIe et le XVIe siècle. On assiste en effet au déploiement, sur toutes les scènes européennes des XVe et XVIe siècles, de toutes les ressources de la magie, de l’alchimie, de la technique, de l’ingénierie et de la pyrotechnie, au service d’un théâtre du merveilleux.

Bibliographie

Alessandro Vitale-Brovarone (éd.), « Il Quaderno di segreti d’un regista provenzale del Medioevo. Note per la messa in scena d’una Passione », Pluteus, Alessandria, 1984.

Hugues de Saint-Victor, L’art de lire. « Didascalicon », éd. Michel Lemoine, Paris, Cerf, 1991.

Mécanique de la représentation. Machines et effets spéciaux sur les scènes européennes (XVe-XVIIIe s.), Revue d’Histoire du Théâtre,dir. Marie Bouhaïk-Gironès, Olivier Spina et Mélanie Traversier, avril/juin 2018-2, n° 278.

Marie Bouhaïk-Gironès, « Le spectacle de la mort sainte : mettre en scène la Passion et les martyres chrétiens », colloque Les vivants et les morts, SHMESP, Paris, Publications de la Sorbonne, 2018, p 367-378.

Marie Bouhaïk-Gironès, « Mettre en spectacle les mystères chrétiens (XVe-XVIe s.) », La forme spectacle, dir. Jacques Cheyronnaud et Emmanuel Pedler, Paris, EHESS (« Enquête »), 2018, p. 45-55.

Elie Konigson, L’Espace Théâtral médiéval, Paris, Editions du CNRS, 1975.

Lundi 28 octobre 2019 : Anne McCants

(Massachusetts Institute of Technology / Présidente de l’Association Internationale d’Histoire Économique) , discutant Mathieu Arnoux (EHESS)

Construction and Competition:Social Investment and Church Building in the Middle Ages

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

La théorie économie courante, qui s’interroge sur les dynamiques des marchés et de leurs acteurs, laisse une place marginale à la production des biens publics et aux investissements qui sont lui sont liés. Ce qu’on pourrait appeler le secteur social de l’économie réelle est ainsi placé aux marges de l’analyse économique. Les sociétés du Moyen Âge européen, à la fois dynamique, offrent de ce point de vue un observatoire exceptionnel. Entre XIIe et XIVe siècle, la quantité exceptionnelle d’édifices publics construits en pierre dans les villes européennes, constitue le témoignage d’un choix collectif visant à la constitution d’un capital social « indirect » dont l’importance ne peut se comparer, en termes de proportions, qu’à celleau même moment, de l’édification des ponts en pierre. Dans les deux cas, la motivation de l’oeuvre comporte une part religieuse importante, et la réalisation constitue un apport essentiel à l’économie sociale de la collectivité. L’intervention portera sur les conditions et les significations de cet investissement.

Lundi 14 octobre 2019 : Geneviève Dumas

(Université de Sherbrooke, Canada)

Techniques et outils dans un laboratoire d’alchimie, XVe siècle

(ENS, 45 rue d’Ulm, salle IHMC, 3ème étage escalier D, 17h-19h)

Résumé

La communication examinera le manuscrit Western 446 de la Wellcome Library de Londres qui contient un traité d’alchimie anonyme écrit en moyen français et abondamment illustré. Cet opuscule se présente comme un « patchwork » alternant des préceptes théoriques issus de la vaste littérature alchimique et des recettes diverses souvent inédites montrant avec force détails les aléas du travail de l’alchimiste. Une attention particulière sera portée sur le laboratoire de l’alchimiste et son mobilier. Certaines étapes de son travail seront aussi examinées en regard du programme iconographique du manuscrit qui révèle l’approche didactique de celui qui l’a réalisé.

Bibliographie

Calvet, Antoine, Les oeuvres alchimiques attribuées à Arnaud de Villeneuve : grand oeuvre, médecine et prophétie au Moyen-Age, Paris-Milan, S.É.H.A.-Arché, 2011, 498 p.

Crisciani,Chiara et Agostino Paravicini-Bagliani (dir.), Alchimia e medicina nel medioevo, Micrologus’ Library 9, Florence, SISMEL-Edizioni del Galuzzo, 2003, 400 p.

Halleux, Robert, Les textes alchimiques (Typologie des sources du Moyen Âge occidental, Fasc. 32), Turnout, Brepols, 1979, 153 p.

Holmyard, Eric J., Alchemy, New York, Dover, 1959, 288 p.

López Pérez, Miguel, Didier Kahn et Mar Rey Bueno, Chymia: Science and Nature in Medieval and Early Modern Europe, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars, 2010, 496 p.

Matton, Sylvain et Didier Kahn (dir.), Alchimie, art, histoire et mythes,Actes du 1er colloque international de la Société d’Etude de l’Histoire de l’Alchimie (Paris, Collège de France, 14-15-16 mars 1991), Paris-Milan, S.É.H.A.-Arché, 1995, 847 p.

Moureau, Sébastien, Le De anima alchimique du pseudo-Avicenne, Micrologus’ Library 76, Alchemica latina I, Florence, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2 volumes, 2016.

Newman, William R (éd). The « Summa perfectionis » of Pseudo-Geber. A Critical Edition, Translation and Study, Leyde, E. J. Brill, 1991, 785 p.

Pereira, Michela, L’oro dei filosofi: Saggio sulle idee di un alchimista del trecento, Biblioteca di Medioevo Latino, 7, Spoleto, Centro Italiano di Studi sull’Alto Medioevo, 1992.

Obrist, Barbara, Les débuts de l’imagerie alchimique : XIVe-XVe siècles, Paris, Le Sycomore, 1982, 328 p.

Lundi 15 avril : Roberto Farinelli

(Université de Sienne, Italie)

Innovations dans les mines toscanes du Moyen Âge à l’ère moderne : le rôle du modèle germanique

(ENS, 29 rue d’Ulm, bâtiment Jaurès, salle 236 – accès par le 24 rue Lhomond, 17h-19h)

La terminologia utilizzata nella documentazione medievale relativa allo sfruttamento dei giacimenti minerari  toscani manifesta l’influenza esercitata dalla lingua tedesca nel lessico tecnico. Solo negli ultimi decenni sono emerse prove documentarie riguardo la attrazione di maestranze specializzate verso il territorio di Massa Marittima da regioni di lingua tedesca a partire dalla fine del XII secolo, senza che sia chiaro quanto il fenomeno abbia inciso nello scambio di conoscenze tecniche.  Per tale contesto, le indagini archeologiche hanno mostrato che l’applicazione dell’energia idraulica alle lavorazioni metallurgiche del rame e del piombo argentifero fu precedente al XIII secolo, periodo in cui i cistercensi contribuirono a diffondere in Toscana tecnologie simili in ambito siderurgico.

Molto più manifesto e ben documentato fu lo scambio tecnologico tra aree di lingua germanica e la Toscana nel XVI secolo. Il duca Cosimo Medici (1537 – 1574) condusse nel proprio dominio in gran numero tecnici e maestranze specializzate dalle regioni dell’Erzgebirge e delle Alpi, che applicarono nelle miniere di piombo e rame argentifero toscane nuove tecniche di coltivazione estrattiva, di organizzazione produttiva e di lavorazione metallurgica, secondo un patrimonio di conoscenze scientifiche coerente con quanto descritto del De re metallica di Georg Bauer (1556). All’ambito tecnico mediterraneo, invece, deve essere ricondotto il sistema di coltivazione   ‘a cava aperta’, utilizzato in importanti miniere argentifere di Cosimo, vale a dire uno sbancamento a cielo aperto su vasta scala, che aveva come modello le cave di alunite e quelle di ferro dell’isola d’Elba, piuttosto che le miniere d’argento delle regioni tedesche.

Bibliographie

Hägermann D., Ludwig K.H., Europäisches Bergrecht in der Toscana. Die Ordinamenta von Massa Marittima im 13. und 14. Jahrhundert, Köln-Wien, 1991.

Francovich R. (dir.), Archeologia delle attività estrattive e metallurgiche, Florence, 1993.

Farinelli R. , Santinucci  G. (dir.), I codici minerari nell’Europa preindustriale: archeologia e storia, Firenze, 2014.

Farinelli R., Le miniere di Rocca San Silvestro nella prima età moderna: organizzazione produttiva, cultura materiale, tecniche estrattive e metallurgiche nell’impresa di Cosimo I, Siena,  2017.

Lundi 11 mars : Guillaume Carnino, Liliane Hilaire-Perez et Jochen Hoock

(Université Paris 7)

La Technologie générale de Johann Beckmann : 1806-2018

(ENS, 29 rue d’Ulm, bâtiment Jaurès, salle Paul Langevin – accès par le 24 rue Lhomond, 17h-19h)

La technologie désigne actuellement les « techno-sciences », réduisant la technique à l’application de la science. Pourtant, au XIXe siècle, la technologie revêt un autre sens, celui d’une science de la technique, c’est-à-dire d’une science des intentions fabricatrices.

Notre recherche commune vise à restituer ce sens oublié de la technologie. Notre étude repose sur un travail collectif autour d’un texte fondateur, l’Entwurf der algemeinen Technologie du caméraliste Johann Beckmann (1806). Maintes fois cité et jamais traduit, pour la première fois, l’Entwurf der algemeinen Technologie a fait l’objet d’une traduction menée par le regretté Joost Mertens, avec la collaboration de Guillaume Carnino et de Jochen Hoock. Dans cet essai, Beckmann propose une science nouvelle qui classe les activités humaines par opérations et offre une théorisation de l’action productive, suggérant la force des espoirs mis dans une science humaine capable d’améliorer l’activité.

Tous ceux qui s’intéressent aux savoirs de l’action trouveront chez Beckmann la tentative la plus aboutie de formalisation du geste comme unité fondamentale de l’activité humaine. L’enjeu de ce livre est d’une part d’étudier un milieu savant à travers sa formation, ses activités, ses techniques intellectuelles et d’autre part, d’interroger les résonances de la technologie, jusqu’à La technologie, science humaine d’André-Georges Haudricourt (1987).

Dans un contexte contemporain de complexification des réseaux techniques, nous proposons aussi d’interroger la pertinence de la revendication d’une technologie science humaine, mêlant philosophie de l’action outillée, histoire des systèmes techniques, anthropologie opératoire et sociologie des réseaux : comment penser une science des techniques à la croisée des SHS et des sciences de l’ingénieur ? Peut-on, aujourd’hui, fonder une pédagogie des techniques sur la technologie comme science humaine ?  

Bibliographie

Johann Beckmann Entwurf der algemeinen Technologie / Projet de technologie générale (1806) Rennes, PUR, 2017, 240 p.

Pascal Dubourg-Glatigny, Hélène Vérin eds, Réduire en art. La technologie de la Renaissance aux Lumières (Paris : MSH 2008)

Jacques Guillerme et Jan Sebestik, “Les commencements de la  technologie”, Thalès, 1968, xii, pp.1-72, réédité dansDocuments pour l’histoire des techniques, 14, 2007, pp. 49-122.

Sacha Loeve et Timothée Deldicque, « Les malentendus de la technologie », Artefact. Technique, histoire et sciences humaines, n°8, 2018

Joost Mertens, “Le déclin de la technologie générale: Léon Lalanne et l’ascendance de la science des machines”, Documents pour l’histoire des techniques, 20 (2011): 107-17

Joost Mertens, “Technology as the science of the industrial arts: Louis-Sebastien Lenormand (1757–1837) and the popularization of technology”, History and Technology, 18.3 (2002): 203–31.

Joost Mertens, “The Mere Handicrafts: Ure’s Dictionary (1839–1853) compared with the Dictionnaire Technologique (1822–1835),” Documents pour l’histoire des techniques, 19 (2010) : 277–85.

Torsten Meyer et Marcus Popplow, “To employ each of Nature’s Products in the most favorable way possible, Nature as commodity in Eighteenth Century German Economic Discourse”, Historical Research, vol. 29, 2004, n° 4, pp. 4-40

Eric Schatzberg,  « Technik Comes to America: Changing Meanings of Technology before 1930 », Technology & Culture, n°47-3, 2006, p. 486-512

Eric Schatzberg,  “Why there is no discipline of technology in Anglo-American scholarship”, Artefact. Technique, histore et sciences humaines, n°8, 2018

François Sigaut, « Préface. Haudricourt et la technologie », dans André-Georges Haudricourt, La Technologie, science humaine. Recherches d’histoire et d’ethnologie des techniques, textes édités par François Sigaut, Paris, Msh, 1988, p. 9-34

Hélène Vérin, « La technologie : science autonome ou science intermédiaire ? », Documents pour l’histoire des techniques, 14, 2007, p. 134-143